Article publié en 2019. La formulation française a été révisée pour cette édition. Les données, les analyses et les références restent celles de l’époque. Les documents téléchargeables sont conservés dans leur version d’origine.
L’expertise du Canada en matière de recherche universitaire a aidé le pays à devenir un chef de file dans l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Au fur et à mesure que l’écosystème mûrit, ces jeunes entreprises – alimentées par de grandes idées – sont confrontées au défi de la mise en service de leurs produits sur le marché. Ce défi exige une expertise de l’industrie, mais cette expertise devra quand même provenir des laboratoires d’IA du milieu universitaire.
Selon notre dernière carte des acteurs canadiens de l’IA, l’écosystème se resserre à mesure que les gagnants et les perdants émergent. Le nombre d’entreprises d’IA était l’un de nos principaux indicateurs de croissance. Réunir leurs logos sur une « carte » permettait de montrer au monde — et à nous-mêmes — que le Canada comptait dans la course mondiale aux applications de l’IA. Aujourd’hui, ce nombre augmente moins vite : davantage d’entreprises quittent le marché dans leur recherche d’une adéquation produit-marché.
Cependant, le taux croissant d’attrition ne signifie pas que la taille brute de l’écosystème diminue. D’autres mesures montrent que le processus de découverte de l’adéquation produit-marché fait effectivement des gagnants. De 2017 à 2018, les entreprises canadiennes d’IA ont vu leurs investissements plus que doubler pour atteindre 660 millions de dollars, dont une grande partie est destinée à des tours de financement à des stades de développement plus avancés. Au cours de la même période, le chiffre d’affaires des entreprises canadiennes de solutions d’IA pour les entreprises a augmenté de 65 % par rapport à l’année précédente et représente maintenant près de 5 % de l’ensemble des revenus du marché des solutions pour les entreprises.
Compter le nombre total d’acteurs de l’écosystème perd de sa pertinence. Le taux de disparition des entreprises d’IA continuera d’augmenter à mesure que des gagnants émergeront. Pour comprendre la santé et la croissance de l’écosystème canadien, il faudra regarder de plus près comment les entreprises trouvent, ou ne trouvent pas, leur adéquation produit-marché. Je présente ci-dessous les éléments qu’il me semble important de suivre. Les suggestions de la communauté sur les indicateurs à surveiller sont aussi les bienvenues.
Comment suivre un écosystème qui mûrit
Il y a de multiples raisons pour lesquelles une compagnie d’IA peut quitter le marché : certaines ferment parce qu’elles n’arrivent pas à trouver leur adéquation produit-marché avant de manquer d’argent; d’autres se réorientent, car elles ne peuvent tenir leur promesse en matière d’IA, mais ont quand même des produits viables; d’autres encore sont acquises et contribuent à la croissance d’une autre compagnie d’IA.
L’un des thèmes connexes qui doit retenir l’attention dans toutes ces histoires est le talent dans le domaine de l’IA. C’est un grand défi de l’écosystème de l’IA que de prouver la valeur potentielle de l’application de l’IA, et le talent est au cœur de ce défi. Les problèmes particuliers sont les données, les algorithmes et le changement organisationnel. Chacun de ces problèmes exige des personnes talentueuses qui comprennent parfaitement la technologie et le domaine d’application.
L’expertise technique viendra du milieu universitaire, comme elle l’a toujours fait. Pour évaluer la solidité de ce système de recherche et de formation, et vérifier qu’il reçoit un soutien suffisant, on peut commencer par des indicateurs relativement simples : le nombre de professeurs, de doctorats et de nouveaux programmes, comme les maîtrises appliquées.
Pour développer l’expertise appliquée et transmettre les avancées essentielles de la recherche fondamentale, le meilleur moyen est de relier les laboratoires universitaires à l’industrie, par l’intermédiaire des entreprises d’IA et des laboratoires d’entreprise. Ces derniers offrent certes de bonnes expériences de formation, mais la grande majorité des talents solides et des progrès scientifiques viendra encore des programmes universitaires. Avec au moins 70 laboratoires d’IA d’entreprise, les occasions de collaboration ne manquent pas. Il faut toutefois veiller à ce que les professeurs n’y travaillent qu’à temps partiel afin de continuer à enseigner. Le soutien et l’évaluation des résultats devraient donc s’appuyer sur les liens entre l’industrie et les professeurs qui restent dans l’enseignement.
Veiller à démontrer le potentiel de l’IA
Alors que les applications d’IA sont de plus en plus utilisées au quotidien, comment pouvons-nous différencier les entreprises qui offrent le plein potentiel du progrès universitaire? Ce sont les organisations qui ont effectivement intégré des systèmes d’apprentissage actif à leurs activités qui maintiennent le pipeline nécessaire entre le milieu universitaire et l’industrie. Pour que le Canada conserve son avantage concurrentiel en matière d’IA, les prochaines versions de la carte devront mettre l’accent sur les organisations qui exploitent, à grande échelle, des systèmes qui apprennent et s’améliorent continuellement de leurs interactions.
Ce groupe ne devrait inclure ni les organisations qui ont téléchargé des modèles préentraînés, ni même celles qui possèdent un laboratoire sans avoir encore mis en service des systèmes qui apprennent en continu. Elles soutiennent l’écosystème, mais représentent davantage la demande du marché. Suivre séparément leur degré de préparation — données, infrastructures, volonté d’adoption, etc. — aidera à comprendre la santé de l’écosystème et les forces de la demande qui le font prospérer.
Au-delà de ces angles proposés, j’invite les autres à suggérer ce qu’il faudrait suivre pour comprendre la santé de l’écosystème de l’IA au Canada afin de nous assurer que nous gardons notre avance et que nous tirons le meilleur parti de nos recherches de calibre mondial.
Continuer à fournir le bon soutien
Une autre motivation pour ces rapports a été d’encourager le bon type de soutien et de comportement en montrant au fil du temps les effets positifs de notre collaboration comme un écosystème. Lorsque le monde a commencé à reconnaître l’importance de l’IA, l’un de nos plus grands problèmes a été l’afflux de talents du Canada aux États-Unis, y compris des professeurs. Aujourd’hui, nous avons presque éliminé la croissance nette négative du nombre d’experts en IA, en partie grâce à un revirement massif des politiques d’immigration (merci Stratégie en matière de compétences mondiales). De plus, l’augmentation du financement a fait beaucoup pour créer des emplois viables pour les nouveaux diplômés qui sortent de nos universités. Pour parvenir à une forte croissance nette positive des talents, il faudra persister dans ces politiques et augmenter le nombre de personnes qui suivent une formation en IA.
Au cours des dernières années, le milieu universitaire et le monde des affaires ont pris conscience que, même si les professeurs assument des travaux privés pour transférer la recherche à l’industrie, ils devraient garder un pied dans les universités pour enseigner à la prochaine génération. Encore une fois, le financement essentiel s’est bien associé à ce changement d’état d’esprit : les gouvernements du Canada et des provinces ont renforcé leur engagement dans les programmes d’éducation et de perfectionnement qui se concentrent sur ce domaine grâce à des crédits d’impôt et à d’autres incitatifs.
Il faudra plus de temps pour voir les résultats de ces changements puisque les doctorats durent de 5 à 7 ans et que l’harmonisation des politiques suit son propre calendrier. Si nous maintenons notre collaboration et nos efforts pour assurer la santé à long terme de l’écosystème, il faudra encourager les élèves à poursuivre leurs études plus tôt en sciences et en mathématiques, ne pas abandonner les politiques d’immigration temporaire et respecter les valeurs canadiennes libérales qui font de notre pays un endroit si attrayant pour travailler et qui ont un effet positif sur le monde.
Merci de votre lecture.
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