Traduction française de l’article publié en 2019. Les faits, données et références correspondent à la publication originale. Les illustrations et documents sources sont conservés dans leur langue d’origine. Cette traduction remplace le texte d’un autre article, qui figurait par erreur sous ce titre dans l’ancienne version française.
Pour la deuxième année consécutive, mon équipe et moi avons étudié le bassin mondial de talents en IA afin d’en dresser un portrait d’ensemble : sa taille et son état. Nous avons constaté que, malgré une demande sans précédent de talents de haut niveau, les spécialistes qui possèdent une formation solide et de l’expérience restent relativement rares.
Ce constat n’étonnera personne : nous savions dès le départ que la demande dépassait l’offre. Les témoignages des recruteurs, qui peinent à pourvoir les postes en IA, le confirment. Plusieurs enquêtes montrent aussi une forte demande de talents de haut niveau en IA, avec notamment une forte hausse des postes exigeant des compétences en apprentissage profond. Comme PDG d’Element AI, qui recrute activement dans ce domaine, je sais aussi par notre équipe de recrutement combien il est difficile d’embaucher les personnes capables de bâtir et d’optimiser les produits d’IA qui aideront nos clients à transformer leur entreprise.
Ce qui reste vraiment difficile à mesurer, c’est ceci : à quel point les talents de haut niveau en IA sont-ils rares?
Nous avons recensé environ 22 400 chercheurs publiant dans les principales conférences du domaine. Parmi eux, quelque 4 000 ont produit des travaux ayant une grande influence, mesurée par les citations reçues au cours des deux dernières années. En parallèle, nous avons examiné les profils LinkedIn : 36 524 personnes y déclaraient posséder la formation, les compétences et l’expérience correspondant à notre définition d’un expert en IA. C’est une hausse de 66 % par rapport à notre rapport de 2018. Plutôt encourageant, non?
Les stratégies nationales portent leurs fruits
Nous nous attendions à voir les États-Unis conserver leur domination, et c’est bien le cas : en nombres absolus, ils arrivent en tête de la plupart des indicateurs. Notre recherche éclaire aussi la dynamique chinoise. La Chine n’est devancée que par les États-Unis dans la plupart des catégories, y compris la recherche à fort impact. Certains pays moins peuplés émergent aussi comme chefs de file de cette recherche. Le Royaume-Uni, où les secteurs public et privé ont investi l’an dernier environ 1,4 milliard de dollars dans la recherche en IA, se classe au troisième rang pour le nombre de chercheurs produisant des travaux à fort impact, devant l’Australie et le Canada. L’Australie présente la plus forte proportion de chercheurs de cette catégorie parmi l’ensemble de ses auteurs recensés dans les conférences.
Building an AI World, un rapport publié en 2018 par l’Institut canadien de recherches avancées (CIFAR), présente les stratégies nationales en IA lancées par 18 pays depuis 2017. Presque tous les dix premiers pays de notre étude, tant pour l’emploi de chercheurs que pour la production de recherches influentes, en font partie. Les États-Unis constituent une exception notable : un décret présidentiel sur l’IA y a été signé en février 2019.
Je m’attends à ce que les pays continuent d’investir massivement dans leurs talents, par la formation, par des visas attrayants et par des conditions de travail susceptibles d’attirer les experts étrangers. Beaucoup voient en effet dans l’IA une occasion de franchir des étapes de développement sans les infrastructures physiques qu’exigent d’autres projets. Avec des barrières à l’entrée relativement faibles, le besoin d’infrastructures fait ainsi place, à mes yeux, à un besoin de talents. Les pays qui investissent pour développer et soutenir ces talents devraient en récolter les fruits.
Faciliter l’accès à l’enseignement de l’IA
Les raisons d’étudier l’IA ne manquent pas, et les inscriptions augmentent. Selon un article récent du New York Times , les inscriptions au premier cycle en informatique aux États-Unis ont plus que doublé entre 2013 et 2017. Les universités peinent pourtant à offrir assez de places. Des étudiants se retrouvent sur de longues listes d’attente ou doivent participer à des tirages au sort pour accéder à des cours d’introduction. Ailleurs, les établissements accueillent toujours plus d’étudiants dans les mêmes cours, dont les effectifs ont fortement augmenté en quelques années.
Le recrutement des professeurs semble expliquer une partie du problème. Selon le New York Times, alors que les inscriptions en informatique ont plus que doublé en quatre ans, le nombre de professeurs n’a augmenté que de 17 %. Le secteur privé recrute aussi bien des chercheurs titulaires que de nouveaux docteurs. De nombreux départements d’informatique disent ne pas arriver à recruter des professeurs qualifiés pour leurs postes menant à la permanence. Or, c’est à l’université que se forme la très grande majorité des talents en apprentissage automatique.
Bien sûr, les talents en IA ne se limitent pas aux chercheurs de haut niveau. Comme le rappelle un article récent de la Harvard Business Review , les entreprises ont aussi besoin d’autres profils en IA : des ingénieurs pour développer les produits, des spécialistes des données et des dirigeants d’entreprise. Tous ces rôles sont essentiels. Tout le monde ne fera pas de recherche fondamentale, et le domaine a besoin de bien plus que de brillants titulaires de doctorat pour avoir un impact. Mais l’IA en est encore à ses débuts. Pour le moment, les talents essentiels dont nous avons besoin et qui font l’objet de la plus forte demande — du moins chez Element AI — restent les titulaires d’un doctorat en apprentissage automatique. Je serai attentif à l’apparition de formations de plus en plus spécialisées dans le monde, capables d’alimenter une demande qui, selon moi, augmentera encore plus vite que jusqu’ici. Même en investissant massivement dans l’éducation et les compétences, il faudra probablement encore une décennie pour que le bassin de talents atteigne la maturité dont nous avons besoin. Il nous appartient à tous d’y contribuer.
Je vous invite à explorer les résultats et les données dans le rapport complet. Si vous pouvez nous aider à compléter ce portrait mondial des talents, vous pouvez me joindre depuis la page de contact. Merci de votre lecture!
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